Depuis le milieu du 19ème siècle de nombreux naturalistes comme Charles Darwin, avaient déjà observé chez l’humain comme chez l’animal l’effet majeur des interactions entre le compartiment digestif et les émotions. Des travaux ultérieurs menés dans les années 1920 ont documenté à l’inverse le contrôle par le cerveau de certaines fonctions intestinales comme la motilité intestinale, c’est-à-dire la capacité de contraction de l’intestin pour faire avancer le contenu digestif, participant ainsi à la fonction de digestion. L’ensemble de ces premières recherches suggéraient alors une communication bidirectionnelle au sein de l’axe intestin-cerveau. Depuis lors, on a documenté l’importance de cet axe pour la bonne santé de l’hôte et certaines voies de communication empruntées ont été identifiées, qu’elles soient neuronales, hormonales ou bien encore immunitaires.

Mais qu’en est-il de la relation entre le microbiome et nos humeurs ? Et bien différents travaux utilisant les modèles animaux de stress chronique ont permis d’observer son effet sur le comportement dépressif des animaux. Une zone du cerveau impliquée dans la régulation du stress, l’hippocampe, semble particulièrement impactée chez les sujets atteints de dépression. En effet, chez les mammifères, lors d’une situation perçue comme stressante, des structures situées au-dessus des reins, les glandes surrénales, se mettent à produire l’hormone du stress, le cortisol. L’axe du stress1, mettant en jeu diverses structures cérébrales, s’active alors pour répondre au mieux à la situation stressante et c’est ensuite que l’hippocampe intervient. Une fois le danger passé, cette petite structure cérébrale, elle-même très sensible au cortisol, s’active pour apaiser l’axe du stress et faire revenir le niveau de cortisol à l’état de base. Des niveaux de cortisol hauts et/ou répétés peuvent néanmoins altérer l’hippocampe et sa capacité de régulation du stress. De ce fait d’autres structures cérébrales vont subir les effets du cortisol, telles que la suractivation de l’amygdale, le centre des émotions plutôt négatives. C’est donc la répétition d’épisodes stressants qui peut progressivement conduire à une dégradation de notre état mental, et dans certains cas aboutir à une pathologie. 

Une personne sur sept dans le monde est concernée par un trouble mental2, et à l’échelle mondiale, l’impact socio-économique des pathologies associées à ces troubles progresse de façon alarmante. Il est donc indispensable de mieux comprendre les mécanismes à l’origine de ces désordres pour prévenir et traiter de façon plus adaptée et propre à chaque individu. En effet, les thérapeutiques actuelles visant les neurotransmetteurs impliqués dans la sensation de bien-être ou d’efficacité (sérotonine, dopamine et noradrénaline principalement) n’agissent que sur une partie des patients. Or il se trouve qu’un site majeur de production de ces « hormones du bien-être » est notre intestin et implique certains membres du microbiote.

De nouvelles approches ciblant notre équilibre intestinal microbien sont donc à l’étude. Les partenaires microbiens et mécanismes en jeu sont peu à peu élucidés en modèles pré-cliniques permettant dans un futur proche le développement de nouvelles approches ciblées. 

Sources

Notes

  1.  Axe du stress : L’axe hypothalamo-pituitaire-adrénalien, ou hypothalamo-hypophyso-surrénalien (axe HHS), relie les systèmes nerveux centraux et endocriniens. Constitué des interactions entre l’hypothalamus, l’hypophyse et les glandes surrénales (situées au-dessus des reins), il contrôle les réponses au stress.
  2. Trouble mental : est un état de santé qui se définit par des changements qui affectent la pensée, l’humeur ou le comportement d’une personne, ce qui perturbe son fonctionnement et lui entraine de la détresse.

Auteur

Emelyne Lecuyer

Emelyne Lecuyer